opus communis (ATOPIA no. 10 - 01/2007)
Notre dixième numéro est dedié à une réflexion sur l'espace que peuvent avoir aujourd'hui des revues littéraires, philosophiques et artistiques. Rester attaché à l'idée d'un journal - avec sa forme et sa temporalité particulière -, n'est-ce pas là une entreprise désespérément nostalgique en de temps où tout un chacun publie instanément ses points de vue sur son blog personnel? Certains rétorqueront, et non sans raison, que le temps des revues critiques du XVIIIe siècle (tel l' Athenaeum des romantiques à Jena) ou les fascicules du XXe siècle naissant (tels Lacerba des futuristes italiens, la Révolution surréaliste de Breton ou encore Acéphale de Bataille) est définitivement révolu. Mais quels sont, au-delà de cette sensation diffuse, les authentiques raisons pour leur inadéquation à notre époque? On pourrait conjecturer que la revue dans sa forme classique est handicapée par trois de ses caractéristiques: 1) l'unité de ses auteurs: la plupart des revues mentionnées sont l'organe de publication officiel de certains groupes esthétiques et politiques (romantisme, futurisme, surréalisme etc.) et leurs auteurs sont souvent leur premiers lecteurs 2) l'unité du lieu: les journaux furent publiés en un lieu spécifique (Jena, Florence, Paris) et réagissent aux événements se produisant sur sa scène culturelle et sociale 3) l'unité de son support: la communauté définit son identité, parmi d'autres choses, par une certaine concrétisation matérielle de la revue (son support papier) qui limite par là même sa dissémination géographique. ATOPIA 10 se penchera tout particulièrement sur le projet né contemporairement en France, en Italie et en Allemagne vers 1960 connu sous le nom de “Revue Internationale”. Ce projet reprend l'héritage de la revue classique, tout en tentant de dépasser ses limites internes vers une revue sans localisation ni de communauté fixée. Artiste invité: Paul Campbell (New York)
Illustration: Tyco Dog #S30 (2005), Huile sur toile, 20x21 inches

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Écrit par Emmanuel Alloa (Paris/Berlin)
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Lorsque au début des 60 la sensation s'impose parmi des écrivains italiens, français et allemands qu'une forme de revue nouvelle doit être trouvée pour faire face aux nouvelles donnes géopolitiques, le débat se cristallise autour de la question du "lieu" à donner à une telle revue. Les textes préparatoires ainsi que les fragments d'articles rédigés par Maurice Blanchot (1907-2003) pour cette Revue internationale qui ne dépassa jamais l'état virtuel témoignent d'une obsession récurrente: trouver une forme d'écriture affranchie des logiques du Lieu. |
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Écrit par Maurice Blanchot
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Parmi les quatre articles rédigés en 1961 par Blanchot pour la Revue internationale, "La conquête de l'espace" n'a à ce jour jamais été publiée en français. Dans cet fragment bref, mais intense, Blanchot propose une lecture surprenante de l'orbite de Gagarine autour de la terre qui avait eu lieu peu de temps auparavant. |
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A Literary Satellite. Blanchot and the Revue Internationale |
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Écrit par Lars Iyer (Newcastle)
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On the backdrop of the Cold War and of decolonization in the early 50's, the project of an International Revue was meant to be, says Iyer, a kind of a "literary satellite" launched in the utopic space. Maurice Blanchot's active theorization of what form the Revue should have shows that he already anticipated the failure of such a literary communism. Despite it - or even all the more so - utopia must then not be seen ahead of us as an unrealisable dream, but as a programme that overturns our conceptions of authorial as well as political agency. |
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Blanchot et Berlin : l'histoire d'un mur passé en revue |
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Écrit par Jonathan Degenève (Paris)
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Parmi les textes que Blanchot écrivit pour cette Revue internationale qui ne vit jamais le jour, il y avait également un essai sur le mur de Berlin, fraîchement érigé, posant le problème géopolitique, mais aussi métaphysique de la « division ». Jonathan Degenève met en relief le comment le travail de « dé-construction » du mur est aussi et toujours un travail de déconstruction du Nom comme surface d'identification. |
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Die Idee einer internationalen Zeitschrift |
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Écrit par Roman Schmidt (Berlin/Paris)
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Warum gehört zu den Sehnsüchten des 20. Jahrhunderts der nie verwirklichte Traum einer internationalen Zeitschrift? Roman Schmidt skizziert eine Topographie der verschiedenen Zeitschriftenprojekte der zweiten Jahrhunderthälfte und liest das gescheiterte Unternehmen der Revue internationale als Wendepunkt einer Geschichte, in der deutlich wird, dass eine buchstäblich und radikal verstandene inter- bzw. transnationale Zeitschrift notwendig am eigenen Anspruch zugrunde gehen muss.
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Le frémissement du religieux. Acéphale, ou l’échec de la communauté |
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Écrit par Knut Ebeling (Berlin)
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Trente ans avant la Revue internationale - et dans un tout autre contexte historique - Georges Bataille fonda la revue Acéphale avec laquelle il voulait donner un écho littéraire à son projet d'une communauté anti-rationaliste ayant littéralement "perdu la tête". Knut Ebeling se penche sur le destin de cette tentative désespérée de créer une communauté sans origine et sans conditions.
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Per una rivista dei legami |
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Écrit par Giuseppe Ferraro (Napoli)
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Prendendo spunto dal progetto dei primi anni 60 della creazione di una "Rivista internazionale", il filosofo napoletano Ferraro si interroga, più profondamente, su che cosa significa una "rivista". Vi è questione di "vista", di "visioni", di ritorni, di fantasmi e di spettri, ma anche dei legami, visibili e invisibili, che la rivista intreccia al di là dell'individuale. |
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Moulages de l'onde - Peinture&musique |
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Écrit par Bruno Abt (Soignies) / Ludovic Duhem (Lille)
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L'installation "Moulages de l'Onde" est la surface de rencontre entre les peintures de Ludovic Duhem et la musique acousmatique de Bruno Abt. Placées en vis-à-vis dans ce que les artistes nomment une "com-parution", la peinture devient le moulage de l'onde sonore, et la musique devient le moulage de l'onde visuelle. Dans l'essai-témoignage qui accompagne cette présentation, Ludovic Duhem revient sur les enjeux d'un art qui refuse désormais d'être "hors du commun". |
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